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Les formations digitales peuvent-elles devenir diplômantes ?

Publié dans Revue de presse par le 17/03/2017
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Les formations numériques permettent la professionnalisation, mais le cadre ne semble pas suffisamment souple pour permettre leur reconnaissance officielle à brève échéance.

C’est un foisonnement. Sous l’impulsion du numérique, il est désormais possible de digitaliser massivement des contenus de formation, à des coûts accessibles, pour proposer aux apprenants non plus des MOOC, de manière sporadique, mais des formations plus longues, par blocs de compétences ou par années entières d’un programme Bachelor ou Mastere. Certains de ces cursus à distance permettent réellement le développement de l’employabilité. Néanmoins, ils bousculent les codes de l’apprentissage initial. Les apprenants, les entreprises et les pouvoirs publics sont-ils prêts à accepter que les formations digitales, certifiantes et diplômantes, changent la donne en matière de professionnalisation ?

Les facteurs bloquants

Sur la question des modalités de financement, la réflexion semble encore balbutiante. « Les nombreux dispositifs de financement en place ne sont, à l’heure actuelle, ni suffisamment homogènes, ni suffisamment évolutifs », observe Laurent Nahon, directeur général du Fongecif. A l’inverse, Olivier Gauvin, directeur offre de formation d’Opcalia, organisme collecteur, estime que « les critères de prise en charge devraient être les mêmes qu’il s’agisse de formations en présentiel ou de cursus à distance ».

Un autre frein pourrait émaner du contenu lui-même. « La difficulté pour nous, entreprises, ce n’est pas de nous entourer de collaborateurs qui disposent de savoir-faire : c’est aussi le savoir-être que nous recherchons », indique Michel Hervé, président et fondateur du Groupe Hervé. Il s’interroge sur la capacité des formations digitales à développer ce qu’on appelle les « soft skills », autrement dit les qualités humaines. Enfin, la digitalisation, en rendant les données accessibles à tous, met fin à l’information descendante. « Le savoir est disponible, il n’est plus réservé au haut de la pyramide hiérarchique et il favorise le management catalyseur. Le top management peut-il l’accepter ? », demande Laurent Nahon.

Les arguments favorables

Dans le contexte d’uberisation du monde du travail, où l’acquisition de nouvelles compétences s’impose quasiment en continu, les formations digitales répondent à un besoin. « Leur premier atout est qu’elles permettent aux individus de rester employables », pointe Patrick Thill, CEO de Cilevel, entreprise de digitalisation de contenu qui propose, en partenariat avec une vingtaine d’écoles, de la formation professionnalisante à distance, accessible à tous, en France comme à l’étranger.

« L’outil digital va faciliter le travail en mode collaboratif, le travail entre pairs et permettre de développer notamment les softs-skills à plus grande échelle », poursuit Patrick Thill. Autre argument : les cursus à distance constituent une solution de massification. « A la Fédération française de la parfumerie sélective (FFPS), nous représentons près de 17.000 salariés, des collaborateurs qu’il faut former régulièrement et en très grand nombre : le numérique offre une réelle opportunité face à de tels volumes d’apprenants. C’est aussi un gain de temps », dit William Koeberlé, président de la FFPS.

D’un point de vue technique, les nouveaux outils facilitent les évaluations, le fait de pouvoir valider que la formation a effectivement été professionnalisante. Mais que dit le ministère du Travail de cette possibilité de rendre diplômants les cursus digitaux ? « Il n’y a pas de blocage sur le plan réglementaire », note George Asseraf, président de la commission nationale de la certification professionnelle (CNCP). Il n’y a aucun blocage conceptuel sur le plan réglementaire à la certification des formations digitales. Il faut, en revanche, prouver la solidité des mécanismes permettant de vérifier l’identité de l’apprenant et d’en évaluer les compétences.